Agencements, une revue en commun

La revue Agencements N° 1  Agencements, une revue Du commun en commun

Recherches et pratiques sociales en expérimentation

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Parution le 18 mai 2018
Livre broché de 204 pages – 12€
ISSN : 2608-5739

Sommaire

Faisant recherche

Amandine Dupraz
Faire université hors-les-murs, une politique du dé-placement

Etienne Delprat et Camille Bosqué
Design diffus, pratiques situées, design (en-)commun : au fil d’un bricolage conceptuel et méthodologique

Nicolas Sidoroff
Faire quelque chose avec ça que je voudrais tant penser

Régis Garcia
Une recherche à l’épreuve de ses traductions, mise en récit d’une recherche-expérimentation dans le cadre d’un dispositif Cifre

Transverse

Henri Bokilo Boursier
Ballade (oto-photographique) d’une ombre portée

Explorant la ville

Thomas Arnera
Emménager, Aménager, Déménager.
Ou comment penser une recherche en friche

Louis Staritzky
Le Droit à la Ville : Une expérimentation urbaine par le bas

Soaz Jolivet
Récits sensibles autour d’un graffiti

Parcours

Pierre Hébrard
Tisser un rapport au(x) monde(s) : un court récit et de longues citations

Coulisses

Faire la ville en commun, faire recherche en habitant

La Recherche Action Publique publics– RAPP


personedc Édito

La revue Agencements – Recherches et pratiques sociales en expérimentation publie son premier numéro. Son projet se dévoile dans son sous-titre. La revue entend questionner la diversité des expérimentations engagées aujourd’hui dans la société, dans un rapport critique envers les logiques dominantes, que ces expérimentations concernent les champs de l’art, de la politique, du social, de l’architecture ou du soin, et l’énumération pourrait se prolonger.

Agencements souhaite donc contribuer au renouveau de l’engagement critique en s’intéressant aux initiatives que prennent des militant-es ou des professionnel-les pour faire advenir de nouvelles formes de vie et d’activité, plus égalitaires, autonomes et collectives. Ces expérimentations impliquent des pratiques de co-création et de coopération ; elles expriment un pouvoir d’agir citoyen développé au plus près des réalités de vie. Elles voient le jour sur une diversité de terrains : à l’occasion d’occupations (friches, ZAD), dans le cadre de communautés de pratiques et d’expériences (des espaces où l’expérience des usager-es, des malades ou encore des habitant-es se partagent), sur un plan aussi bien matériel (coopératives, jardins communs, circuits courts…) qu’immatériel (logiciel libre, savoirs collaboratifs, pédagogies alternatives…). Elles traduisent une forte volonté de faire commun et de créer des communs / du commun aussi bien dans les territoires de vie, sur les lieux de travail que dans l’espace du net.
Agencements croise donc de nombreuses perspectives critiques, qu’elles concernent les questions de genre, de classe ou de racisation, qu’elles impliquent les rapports de travail ou de territoire, qu’elles mobilisent des enjeux décoloniaux, féministes ou écologistes.

Ces expérimentations questionnent nos façons de « faire avec » et de « faire ensemble ». Si la revue se crée sous le signe des agencements, c’est qu’elle met au cœur de son projet la nécessité de réfléchir à de nouvelles façons de composer, de déployer, de moduler les réalités en évitant des constructions trop enfermantes et autoritaires et en se tenant à bonne distance des formes institutionnelles dominantes vectrices de profondes inégalités. Comment réunir sans assimiler ? Comment articuler sans unifier ? Comment accorder humains et non humains ? Comment se rapporter à soi-même, aux autres et au monde, sur un mode plus émancipé ?

La revue naît de l’hypothèse qu’autour de ces enjeux sont en train de s’inventer de nouveaux imaginaires de liberté et d’égalité et de nouvelles « capacités » de pensée et d’action. La revue souhaite s’impliquer au cœur de cette effervescence. Elle contribuera, à sa mesure, à l’émergence de possibles – des possibles vécus, pratiqués, expérimentés et, fondamentalement, en advenir. Elle le fera en tirant aussi le meilleur bénéfice des traditions critiques issues du mouvement ouvrier, des luttes d’émancipation et des pratiques d’éducation populaire politique.

Si la recherche en sciences sociales et humaines souhaite relever ces défis, elle doit entrer en mouvement et prendre elle aussi le risque d’expérimenter – d’expérimenter de nouvelles démarches et catégories d’analyse. Si elle veut contribuer à vivifier la pensée et le débat, elle doit s’agencer différemment. Elle ne peut pas rester cantonnée dans le périmètre étroit de ses disciplines. Elle doit déborder ses cadres institutionnels, se décaler, se décadrer. Elle doit s’indiscipliner et s’hybrider si elle veut réussir à questionner et problématiser des réalités en émergence et en transformation, qui ne se laissent pas retenir par les formes institutionnelles historiquement établies. Agencements s’inscrit donc résolument dans un paysage de recherche où la pensée ne se dissocie pas de l’action, où l’analyse s’éprouve dans l’expérience et où la théorie est toujours située et ancrée.

La revue est née sans texte d’orientation. Si elle se crée sous le signe des agencements, c’est qu’elle est elle-même une construction et une aventure collective qui s’inventent en se faisant. Elle réunit un collectif éditorial et articule différentes pratiques qui fabriquent ce premier objet physique. Celui-ci est la partie visible de déjà riches échanges, les premiers ayant eu lieu au sein du réseau des Fabriques de sociologie(1) ; le premier mail lançant l’idée date du 12 avril 2017, presque un an, idée reprise au bond, discutée puis transformée en plateformes numériques, chats, forums et multiples mails pour interagir, avancer dans l’élaboration et partager nos manières de faire : une revue pour s’appuyer, s’épauler, s’encorder (avec un « s’ » puissant du croisement des dimensions individuelles et mutuelles, réflexives et coopératives). Elle est elle-même une pratique sociale en expérimentation. Les articles publiés viendront « dire » progressivement ce que cette revue pourrait être et pourra être.

Les articles proposés dans ce numéro inaugural dessinent deux premiers espaces de questionnement, l’un porte sur la manière de faire recherche, l’autre sur la manière de faire la ville.

Le premier dossier interroge la façon de « se mettre en recherche » et de « faire recherche » aujourd’hui, en revendiquant le fait que la recherche est un « équipement démocratique » qui ne saurait rester l’apanage des seul-es chercheur-es. Il n’existe de recherche critique en sciences sociales qu’à travers des formes de co-production avec les personnes concernées et d’interactions avec la multiplicité des environnements qui affectent toute pratique sociale – des environnements urbains, sociaux, imaginaires, symboliques, institutionnels… Les auteur-es, en rendant apparents leurs processus de travail et leurs aspirations de chercheur-es, montrent que les manières de faire recherche sont multiples et créatives ; ils et elles soulignent aussi à quel point il est important d’ouvrir, d’hybrider, de transversaliser les processus de recherche, en s’émancipant des constructions institutionnelles existantes qui restreignent, isolent et, au final, appauvrissent tant la pensée que l’action. Cette conception « ouverte » de la recherche suppose que les chercheur-es explicitent leurs pratiques, les exposent aux questions des autres acteur-es et les soumettent à la discussion démocratique.

Le deuxième dossier renoue avec la portée créative et émancipatrice d’un droit à la ville. Ce droit ne possède de réelle portée qu’en tant que droit à l’expérimentation et qu’en tant que droit à « faire la ville en commun ». Ce dossier montre l’importance de rapporter la ville à sa quotidienneté et à la créativité de ses usages, concrets et vécus. Il montre aussi que la fabrication de la ville est une question commune, qu’elle est l’affaire des citoyen-nes et qu’elle ne peut pas rester entre les mains exclusives des acteur-es et dispositifs institutionnels. La ville émancipée et émancipatrice se fabrique grâce à des initiatives autonomes et des lieux intermédiaires, développés dans un rapport critique envers la ville dominante, inégalitaire et financiarisée. Ce dossier appelle aussi à une réouverture des controverses démocratiques afin de réinterroger la part réservée à chacun-e et la distribution des ressources, des reconnaissances et des légitimités au sein de ce vaste commun que représente une ville effectivement partagée.

Enfin, la revue accorde une place privilégiée, sous forme de rubriques régulières, aux écritures inattendues de la recherche, que ce soient des écritures hybrides, hétérolingues, transverses et transversales, ou des écritures très subjectives indissociables du vécu et de la trajectoire d’un-e chercheur-e. Ou encore, la revue donne à lire des écritures majeures de la recherche, mais qui restent confinées dans l’atelier où chacun-e travaille ou dans les coulisses de la recherche (des réponses à des appels à projets, des textes de présentation, des projets de recherche…).

Vous retrouverez Agencements deux fois l’an, avec un numéro printanier / estival et un numéro automnal / hivernal.

Bonne lecture. Bonne découverte.

Martine Bodineau, Pierre Hébrard, Pascal Nicolas-Le Strat, Benjamin Roux et Nicolas Sidoroff, avril 2018.

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(1) Les Fabriques de sociologie est un réseau de recherche en sciences sociales, créé en 2012, qui associe des acteur-es d’horizons différents (chercheur-es statutaires, indépendant-es ou précaires, professionnel-les hybrides articulant la recherche en sciences sociales avec des pratiques artistiques ou architecturales, avec des engagements citoyens, avec des activités d’intervention sociale ou d’éducation populaire politique…) dans la perspective d’une recherche critique en capacité de lutter contre les discriminations, de renforcer la faculté à agir des minoritaires et des dominé-es et de promouvoir une « méthode de l’égalité » en termes de coopération, de co-création et de démocratie. En ligne : http://www.fabriquesdesociologie.net/.

 

 

 

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